
Faire des erreurs quand on apprend une nouvelle langue est non seulement incontournable, mais souhaitable. Mais ça, vous le savez déjà. Moi aussi, remarquez, mais il m’arrive souvent de manquer de bienveillance et de ne pas me donner la chance de me tromper. Cet article parle de l’importance de faire des erreurs, des frustrations qui en découlent, mais également d’astuces qui permettent de les accueillir avec une plus grande sérénité.
Ça fait partie de l’apprentissage
Que ce soit une phrasounette mémorisée qui tombe à plat devant des natifs interloqués, un sourire gêné face à une question simple que l’on ne comprend pas, ou l’impression d’être incapable de ressortir un mot appris un instant plus tôt, la pointe humiliante de l’erreur linguistique ne pardonne pas. Et pourtant, elle est essentielle à l’appropriation et la compréhension durable d’une langue.
Pour les nombreuses fois où j’ai tenté de commander un déjeuner en anglais et qu’on a rien compris, pour la lettre d’intention écrite en suédois où j’avais inversé partout le pronom « vous » et « nous » (le croiriez-vous si je vous disais qu’ils m’ont quand même rappelée), pour la fois où une gentille famille suédoise m’a filmée (la honte!) lors d’un concert de la Ste-Lucie en m’invitant à « sjunga med! » (littéralement traduit par « chante avec » ou « chantons en chœur ») et à qui j’ai répondu avec le plus grand sérieux « Sjunga med… vad? » (« Chanter avec quoi? »), pour toutes les paroles de chansons massacrées, pour les conversations de base que je n’ai pas réussi à mener avec des natifs amusés, ou pour la fois où j’ai annoncé fièrement avoir appris les fruits en cantonais, une minute avant de me rendre compte que j’étais incapable d’en nommer un… je peux dire que les erreurs font partie de mon processus d’apprentissage.
Se tromper, à quoi ça sert?
Faire des erreurs quand on produit un texte ou lorsque l’on parle, c’est d’abord une façon de s’auto-régulariser et de corriger certaines habitudes dont nous n’aurions pas pris conscience si on s’était contenté de lire ou de penser. Ça permet de recevoir une rétroaction par rapport à une production et à ainsi ancrer plus fortement les mots et concepts dans sa mémoire. L’inconfort causé par l’erreur en contexte conversationnel réduit les chances de la répéter une autre fois. Cela permet aussi de jauger l’efficacité de nos méthodes d’apprentissage et de les ajuster au besoin. Par exemple, même si vous ne jurez que par Duolingo, une discussion avec un natif forte en malentendus vous pressera peut-être d’ajouter d’autres méthodes et ressources à votre routine d’étude!
Pourtant, il n’est pas facile de se tromper quand on veut voir des progrès ou obtenir la confirmation d’avoir été compris. Pas facile de laisser de côté son égo et son besoin de perfection. Faire des erreurs en langue, c’est se montrer vulnérable aussi. Risquer d’avoir l’air stupide pour mieux progresser.
Gare à son critique intérieur
« Je ne peux pas croire que j’ai encore oublié! » « Je suis trop lente. » « Je comprends vraiment rien. » « Je devrais être beaucoup plus avancée après tout ce temps. »
En apprentissage des langues comme dans d’autres domaines, le discours intérieur que l’on a envers soi-même peu être encore plus déterminant que le regard des autres. Une voix critique et négative peut même finir par nous décourager d’apprendre. Une langue peut soudainement nous sembler trop difficile, ou alors ce sont nos capacités que l’on remet en question.
Évidemment, ce discours négatif n’est pas propre à l’apprentissage des langues et se répercute dans plusieurs sphères de notre vie. Votre humble bloggeuse en sait quelque chose. Se montrer bienveillant envers soi-même, c’est souvent bien plus facile à dire qu’à faire. J’ai deux outils pour vous aider à vous sortir rapidement de vos pensées négatives lorsque les frustrations linguistiques remontent.
- Gardez toujours à proximité ce lien vers la vidéo éclair de Cédric Michel, un Youtuber de méditation que j’adore : de quoi vous aider à vous reconnecter au moment présent. Une minute et demi pour se recentrer et se recharger.
- Si l’anglais ne vous fait pas peur, cette feuille d’exercice vous aidera à prendre conscience de votre discours intérieur négatif, à l’adresser et à le rediriger. Concis, pratique.
Faire des erreurs… en douceur
Évidemment, on peut se tromper sans tambours ni trompettes et obtenir des bénéfices assez similaires. Par exemple, utilisez des applications qui simulent une conversation comme Pimsleur ou Mango Languages. Vous aurez à produire plusieurs phrases, vous ferez des erreurs et vous vous ferez corriger, mais vous ne serez peut-être pas aussi embarrassé que devant un véritable interlocuteur.
Pourquoi ne pas faire un échange linguistique avec d’autres apprenants qui savent exactement ce que vous traversez? Des applications comme MyLanguageExchange ou bien Tandem peuvent vous mettre en contact avec des personnes de partout à travers le monde qui cherchent à apprendre votre langue.
Trouvez un tuteur bienveillant avait qui vous vous sentirez à l’aise de vous tromper. Il faut parfois en faire plusieurs avant d’en trouver un avec qui on est confortable. N’hésitez pas à profiter des leçons d’essai lorsque l’option disponible afin de trouver le bon.
Se planter : les règles d’or
Voici, selon moi, quelques règles à respecter pour se tromper dans les règles de l’art :
- Se fixer des objectifs qui ne visent pas la perfection ou à impressionner d’autres personnes, mais qui sont en lien avec ce que l’on veut réellement en faire, que ce soit de mieux communiquer avec d’autres, de profiter de contenus médiatiques internationaux, d’apprécier une culture, etc.
- Avoir du plaisir en apprenant. Si quelqu’un se moque de vous, ou si vous ne vous sentez pas être dans un espace suffisamment accueillant pour vous montrer vulnérable, n’hésitez pas à attendre d’avoir de meilleures conditions d’apprentissage. Changer de partenaire de conversation ou de tuteur ou essayer des méthodes alternatives peuvent être de bonnes façons de changer l’atmosphère.
- Se tromper souvent, et de différentes façons. Exposez-vous à l’erreur à travers la production orale ou écrite, ou lancez-vous sur des thèmes que vous connaissez moins ou relevez des défis qui vous font sortir de votre zone de confort. Faites de l’erreur une technique d’amélioration continue qui normalise et dédramatise le fait de se tromper.
- Prendre des pauses lorsque nécessaire. Quand le coeur n’y est plus et l’étude ne nous amuse plus, c’est permis de laisser de côté ses livres pour mieux y revenir.
- Dédramatiser. À part la famille suédoise qui doit encore ressortir chaque année la vidéo de l’étrangère de la Sainte-Lucie pour rire un bon coup, personne ne se souvient de vos bourdes. On retient surtout un effort de découvrir une culture, d’aller vers l’autre, d’essayer quelque chose de nouveau.
Ça arrive même aux meilleurs
Pas convaincu? Je vous propose de lire ces témoignages (en anglais) de polyglottes reconnus. Des pros qui ont pourtant fait bien des erreurs avant de maîtriser une langue. Certains d’entre eux en ont même fait le secret de leur succès :
- Olli Richards nous partage son plus grand moment de solitude en apprenant le français.
- Benny Lewis confesse ses difficultés à apprendre l’espagnol et le français et partage sa philosophie axée sur la prise de risque et les erreurs fréquentes.
- Steve Kaufman raconte en vidéo son plus grand défi : le coréen.
- Lisez aussi les leçons apprises de Shannon Kennedy.
Et vous, quelle a été votre pire leçon d’humilité en apprenant une langue?
[…] de la production à ses apprentissages pour pouvoir progresser. Pour une fille qui a même écrit un article sur l’importance des erreurs, ce n’est pas très […]
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